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Profil du Conseillère Catalyste+ : Line Boucher

Écrit par : Danielle LeBlanc

avec la contribution de Claudia Aparicio, Paulina Candia Gajá, Elodie Desrochers, Anna Fabro et Brianna Marshall

Line Boucher, récemment retraitée, parle avec enthousiasme du métier qu’elle n’a jamais regretté d’exercer : la psychoéducation. Elle a choisi cette profession par désir de jouer un rôle citoyen axé sur le soutien aux autres et le partage de connaissances. Pendant plus de 35 ans, Line a construit une carrière qui l’a comblée, stimulée et enrichie, motivée à chaque étape par la joie de faire une différence dans la vie des gens.  

Line a passé une grande partie de sa carrière à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) où elle a évalué minutieusement les cas soumis à l’organisation car les situations impliquant des enfants présentent une présomption de compromission de leur sécurité ou de leur développement, et a préparé des dossiers étoffés à présenter devant le Tribunal de la jeunesse pour obtenir des mesures de protection.  Cette profession exigeante requiert une vivacité décisionnelle, une capacité rapide à cerner les besoins et à intervenir, ainsi qu’une maturité émotionnelle dans des situations très délicates. Forte de cette expérience de terrain, Line s’est progressivement orientée vers l’enseignement, tant au niveau collégial qu’au niveau universitaire. Elle a ainsi transmis à une nouvelle génération son expertise et sa passion pour l’intervention auprès des personnes traversant des moments difficiles. Ces échanges avec les étudiants lui ont procuré un profond sentiment d’épanouissement et l’ont aidée à accepter la décision difficile de s’éloigner de l’intervention directe. Elle a tout de même continué à travailler sur le terrain au sein d’une équipe de garde venant en aide aux victimes de violences sexuelles. Les compétences qu’elle a développées tout au long de sa vie professionnelle ont joué un rôle fondamental dans sa contribution à Catalyste+.

Mme Akoko Irène Atayi (à droite), directrice de la FOFAVI-Togo CEA-SMS La Famille (Fédération des organisations de femmes d’accueil de volontaires internationaux), et Line Boucher (à gauche) lors de la cérémonie de remise des certificats de formation.

Catalyste+ est entrée dans sa vie de manière quelque peu inattendue. En découvrant une publication d’une collègue sur les réseaux sociaux, accompagnée d’un lien vers le site de Catalyste+, Line s’est rapidement intéressée à l’organisation. Peu de temps après, lors de sa fête de départ à la retraite, elle a annoncé qu’elle partirait pour l’Afrique de l’Ouest, amorçant ainsi une retraite active qui répond à son besoin de stimulation intellectuelle, à son amour d’exercer un travail valorisant et à son désir de nouveaux défis.

Sans hésiter, Line s’est lancée dans ce nouveau chapitre. Forte de ses nombreux voyages, de son expertise professionnelle, de son ouverture d’esprit et de sa capacité d’adaptation, elle a confiance en sa capacité à répondre aux besoins exprimés par le partenaire. Lors de sa première affectation à Lomé, au Togo, elle a apporté son soutien à une clinique médicale offrant des services psychosociaux et a formé trois équipes de dix personnes chacune, chargées de lutter contre les violences basées sur le genre (VBG). Ces équipes sont composées de femmes issues de la communauté, notamment des couturières et des enseignantes qui aident à dépister et à soutenir les victimes de VBG. Cette approche aide les femmes à se sentir plus à l’aise pour parler ouvertement de leurs expériences avec des personnes de confiance issues de la communauté. Line a également noué une relation solide avec la directrice de la clinique, et ensemble, elles ont mené deux affectations virtuelles supplémentaires : l’une axée sur l’analyse de l’affectation initiale à travers les retours d’expérience et la révision des leçons et d’identifier ce qui avait bien fonctionné et ce qui pouvait être amélioré, et l’autre axée sur la mise en œuvre d’un programme d’intervention complet visant à prévenir les VGB et à promouvoir l’autonomisation des femmes. 

Pour Line, ces affectations lui ont offert une gamme diversifiée d’expériences, à commencer par la découverte culturelle. Elle a découvert l’Afrique de l’Ouest pour la première fois : ses paysages, sa chaleur, son quotidien plus exigeant, ses marchés animés et ses tissus colorés. Elle a également bénéficié de l’accueil chaleureux du personnel médical avec lequel elle a travaillé et a été profondément touchée par leurs qualités : leur volonté de partager, leur curiosité, leur engagement et leur détermination à améliorer le bien-être de leur communauté. Cette expérience immersive lui a permis de dépasser les stéréotypes et de tisser des liens authentiques, bien au-delà de ce que le voyage traditionnel permet d’offrir.

Au niveau professionnel, ce mandat en lien avec les VBG en Afrique l’a confrontée à des réalités différentes de celles qu’elle avait rencontrées tout au long de sa carrière, et qui ont parfois confronté ses valeurs. Elle nomme les différentes formes que prend la violence, le peu de place faite aux femmes dans une société fortement patriarcale et traditionnelle, le peu d’autonomie financière qui en découle pour les femmes et l’absence de filet de sécurité sociale. Loin de la décourager, ces constats l’ont poussée à adapter son approche et son matériel, lui offrant un défi stimulant qui renouvelle ses cadres de référence.

CEA-SMS la Famille, aux côtés du gouvernement et d’organisations partenaires, contribue à la lutte contre les différentes formes de violences liées au genre au Togo, principalement par le biais de la prévention, de la protection et de l’accompagnement des victimes de ces violences.

Un exemple de son expérience en tant que volontaire qui lui a permis de mettre à profit sa capacité d’adaptation est la création de ses contes thérapeutiques. Pour respecter la tradition orale, s’ajuster au niveau d’éducation et surtout favoriser le lien de confiance et libérer avec délicatesse la parole des bénéficiaires, elle a développé ces trois contes à lire avec un intervenant, chacun ciblant les personnes touchées par la violence : les femmes, les hommes et les enfants. Chacun des contes se déroule dans un environnement togolais et met en scène un personnage principal portant un prénom togolais significatif tel que Fafa qui signifie « paix ». À travers ces récits, elle illustre l’impact de la violence au sein des familles selon la perception de l’enfant, de la mère et du père. Les concepts théoriques et les symptômes sont intégrés à l’histoire et des questions sont posées pour encourager la discussion: « Quand tu entends des bruits ou des cris, que penses-tu dans ta tête et que ressens-tu dans ton corps? Quand quelque chose te bouleverse, arrives-tu à en parler? » Ces contes sont devenus des outils pour renforcer le contenu de la formation et sont des ressources d’intervention pour les cellules de veille soutenant la prévention de la violence. 

À travers ces affectations, Line a mis en pratique ses connaissances ethnoculturelles et est allée au-delà de la simple transmission de connaissances pour renforcer activement les capacités d’une équipe. Elle souligne que les compétences interpersonnelles sont essentielles à la réussite de toute affectation et estime qu’il est crucial d’aborder ce type de travail en tant qu’invitée, en agissant avec humilité, sensibilité, respect et bienveillance. Lorsque les femmes lui ont dit qu’elles étaient ignorantes avant son arrivée et l’ont remerciée de partager ses connaissances, Line a répondu : « Vous n’étiez pas ignorantes ; je vous ai simplement aidées à mettre vos connaissances en mots et à les structurer. »

Line est fière de l’investissement du Canada dans la coopération internationale et a été témoin de l’impact direct et tangible de son travail dans ce quartier de Lomé. Ces expériences ont profondément transformé sa perspective, renforçant son engagement envers les approches participatives et redéfinissant sa conception d’un soutien efficace. Catalyste+ lui a permis de renforcer son sens du devoir et de mieux comprendre qu’un impact significatif découle de la reconnaissance et de la valorisation des connaissances qui existent déjà au sein des communautés.