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Mini-série sur l’apiculture première partie : Autonomisation des apicultrices rurales à travers la Bolivie

Contexte

Des montagnes des Andes à la forêt amazonienne, en passant par les zones humides du Pantanal, la Bolivie est l’un des pays les plus riches au monde sur le plan de la biodiversité. Cette biodiversité joue un rôle essentiel dans l’économie du pays, offrant aux communautés rurales des moyens de subsistance dans le secteur agroalimentaire. Parmi ces activités figure l’apiculture. Souvent éclipsée par les grandes exportations comme le soja et la canne à sucre, l’apiculture est généralement considérée comme une activité secondaire, une opportunité pour les agriculteurs masculins de compléter leurs revenus parallèlement à leurs cultures principales. Pourtant, l’apiculture recèle un potentiel considérable, non seulement comme source de revenus pour les hommes, mais aussi comme voie vers le renforcement économique des femmes rurales.

Les départements sont des divisions administratives de premier niveau, semblables aux provinces au Canada. La Bolivie compte neuf départements, chacun doté de son propre gouvernement local.

En 2015, Miel Maya Honing (MMH), une association sans but lucratif (ASBL) œuvrant à l’amélioration des conditions de vie des communautés rurales marginalisées, a lancé un projet pilote d’apiculture en Bolivie. L’initiative s’est rapidement transformée en un programme pluriannuel, établissant des partenariats avec des producteurs dans les départements de Cochabamba, Santa Cruz et Tarija.

« Je connaissais la valeur des synergies dans la coopération internationale, alors j’ai invité Carlos Ramallo (représentant de pays de Catalyste+) à discuter, » partage Ricardo Vargas Ramírez, coordonnateur du programme MMH en Bolivie. « Nous avons constaté que nous avions des approches similaires et avons commencé à travailler ensemble. »

En collaboration avec des producteurs locaux, MMH a rapidement identifié plusieurs défis majeurs auxquels le secteur faisait face. L’apiculture présentait des coûts d’entrée élevés et demeurait largement dominée par les hommes. Les quelques femmes impliquées se limitaient généralement à la production de miel et disposaient de connaissances limitées en matière de mise en marché et de vente de leurs produits, ce qui restreignait leur accès aux segments les plus rentables de la chaîne de valeur. Au-delà de ces obstacles liés au genre, la plupart des producteurs travaillaient de manière indépendante, sans accès à la formation, aux marchés formels ni aux systèmes de soutien. En conséquence, MMH a établi un partenariat avec Catalyste+ afin de commencer à combler ces lacunes.

Renforcement des capacités et égalité

Carte de la Bolivie mettant en évidence les trois départements dans lesquels MMH Bolivie est active.

Afin de renforcer les capacités techniques, Peter Keating, conseiller de Catalyste+, a offert une formation sur la gestion des ruches aux apiculteurs autochtones vivant dans les régions reculées de Cochabamba et de Tarija, touchant 16 femmes et 58 hommes. En collaboration avec les producteurs, Peter a contribué à modifier la structure des ruches afin de réduire le stress thermique, à les déplacer pour faciliter la collecte du pollen et à introduire des produits de nettoyage naturels pour améliorer l’hygiène des ruches. Il a également aidé les producteurs à identifier différentes espèces d’abeilles et à appliquer des techniques d’apaisement, renforçant ainsi leurs pratiques de gestion des ruches.

À l’issue de la formation technique, les apiculteurs masculins ont développé un plus grand respect pour les capacités des femmes, les ayant vues gérer les ruches avec efficacité et confiance. Celles-ci ont été considérées comme plus compétentes, créant un environnement favorable à leur participation.

Apiculteurs locaux de MMH Bolivie travaillant avec le conseiller Peter Keating.

Afin d’élargir les débouchés commerciaux des producteurs, Debbie Scoffield, conseillère de Catalyste+, a offert une formation sur le marketing et les processus de commercialisation à deux entreprises apicoles ainsi qu’à 35
producteurs individuels des départements de Cochabamba, Tarija et Santa Cruz. Pendant trois semaines, Debbie a travaillé virtuellement avec les apiculteurs pour élaborer des plans de marketing, concevoir de nouvelles étiquettes et adopter des emballages en verre, offrant ainsi une présentation plus professionnelle et durable des produits. Ces changements ont entraîné une meilleure reconnaissance de la marque et suscité un intérêt accru de la part des consommateurs.

De plus, Debbie et les producteurs ont mené une étude de marché afin d’identifier les acheteurs institutionnels et les canaux de vente potentiels. À la suite de ce travail, certains producteurs ont conclu un partenariat avec le gouvernement départemental dans le cadre d’un programme d’aide sociale, fournissant du miel pour les paniers alimentaires destinés aux personnes âgées. D’autres ont élargi leur portée grâce aux réseaux sociaux et aux foires locales, renforçant ainsi leurs efforts de distribution au sein de leurs communautés.

Le soutien de Debbie a eu un impact significatif sur les producteurs, en particulier les femmes. Beaucoup ont commencé à se percevoir non seulement comme des productrices, mais aussi comme des entrepreneures et des leaders. Inspirées par les encouragements de Debbie, les apicultrices ont pris l’initiative dans les efforts de marketing, en créant des logos, en concevant des emballages et en interagissant directement avec les consommateurs pour vendre leurs produits.

Au niveau organisationnel, MMH a suivi la recommandation de Debbie et a créé trois magasins à Cochabamba, Santa Cruz et Tarija. Conçus comme des entreprises sociales, ces magasins achètent le miel et d’autres produits apicoles directement auprès des producteurs à des prix équitables, puis les vendent au grand public. Ce modèle permet aux producteurs de ne plus avoir à consacrer du temps et des ressources à la recherche d’acheteurs, puisque les magasins sociaux offrent un débouché fiable et équitable dans la capitale de chaque département.

Au cours de ces deux collaborations, Peter et Debbie, conseiller et conseillère de Catalyste+, ont souligné l’importance de l’inclusion des femmes dans l’apiculture, créant des opportunités pour que les femmes de la région acquièrent des connaissances techniques et deviennent des participantes actives du secteur.

« Au début, presque toutes les activités apicoles étaient entre les mains des hommes. Mais avec le soutien de Catalyste+, nous avons pu lancer des processus de renforcement du pouvoirdes femmes », explique Ricardo Vargas Ramírez.

Une bénéficiaire recevant des colonies d’abeilles vivantes grâce au AIMf.

L’un des résultats les plus visibles de ce changement a été la création d’une association de femmes à Lomerío, dans le département de Santa Cruz. Cette association apicole locale, qui collabore avec MMH, a mené plusieurs discussions avec les conseillers et conseillères de Catalyste+ sur l’égalité des genres. À la suite de ces discussions, l’association s’est élargie pour inclure des femmes, ce qui a conduit à la création d’une association de femmes. Cette croissance a permis aux femmes d’accéder à des formations techniques, aux canaux de commercialisation et au soutien à la production par l’intermédiaire de MMH. Aujourd’hui, les femmes travaillent en collaboration avec les apis (abeilles européennes) et les meliponas (abeilles sans dard), gérant tous les aspects de la production et de la commercialisation. Grâce à ce travail, les femmes se sont créées des opportunités économiques, ont gagné en confiance et sont devenues des membres influentes de leurs communautés.

Cette évolution vers une plus grande égalité entre les genres a été renforcée à Tarija grâce au micro-fonds d’innovation AWE (AIMf) de Catalyste+. Huit femmes vivant dans la région rurale de Tarija ont été sélectionnées pour bénéficier de ce fonds en fonction de leur âge, expérience en apiculture et de leur implication active au sein de MMH. En mettant à profit les connaissances acquises auprès des
conseillers et conseillères et aux ruches fournies grâce au AIMf, les femmes ont augmenté leur production de miel, passant de 22 kilos par ruche à 35 kilos, ce qui a entraîné une hausse de 10 % des ventes et une augmentation des revenus.

Le micro-fonds d’innovation AWE (AIMf) est une initiative axée sur le genre visant à augmenter le renforcement du pouvoir économique des femmes par l’acquisition de fournitures ou d’équipements. Ce fonds est destiné aux partenaires ayant bénéficié ou
étant en voie de bénéficier d’une assistance technique avec l’un ou l’une de nos conseillers ou conseillères, afin qu’ils puissent mieux mettre en pratique les connaissances et compétences nouvellement acquises ou appliquer les recommandations issues des affectations.

Ces améliorations vont bien au-delà des revenus. Grâce à une plus grande capacité d’épargne, les femmes ont pu mieux gérer leur foyer, scolariser leurs enfants et accéder à des ressources essentielles telles que les soins de santé et les médicaments, améliorant ainsi considérablement la qualité de vie de leur famille. De plus, elles ont renforcé la représentation des femmes dans l’apiculture, ouvrant la voie à une plus grande participation féminine dans ce secteur.

« Le changement a été très positif », déclare Ricardo. « Grâce à leurs propres ruches, les femmes génèrent des surplus qu’elles peuvent épargner. Nous leur avons appris à ouvrir des comptes bancaires, ce qui est une grande nouveauté pour beaucoup d’entre elles. Elles disposent désormais d’une plus grande autonomie économique. »

Cohésion sectorielle et durabilité

La collaboration entre MMH et Catalyste+ a été une grande source de transformation pour les apiculteurs. L’amélioration des techniques de gestion des ruches a permis d’améliorer la santé et la productivité des abeilles, tandis que des plans de marketing ciblés ont élargi l’accès aux consommateurs et stimulé les ventes. Ces changements se sont traduits par des gains sociaux et économiques importants : les producteurs ont vu leurs revenus augmenter, leur permettant d’emménager dans des maisons plus spacieuses, d’accéder à l’enseignement supérieur pour eux- mêmes et leurs enfants, et d’améliorer la sécurité alimentaire au sein de leur foyer. Pour beaucoup, ces nouveaux revenus ont également renforcé leur estime de soi.

Au fur et à mesure que les producteurs ont gagné en confiance et en compétences, les bases ont été posées pour un secteur apicole plus cohésif et résilient à travers la Bolivie. En conséquence, MMH a soutenu la création d’un consortium interdépartemental composé de représentants de chaque magasin social, de membres et du personnel de MMH. Ce consortium facilite l’échange de ressources, de connaissances et de produits entre les différents acteurs des départements de Cochabamba, Santa Cruz et Tarija, tout en permettant à chaque magasin de conserver son autonomie. À l’avenir, les producteurs prévoient d’étendre le consortium à d’autres départements en Bolivie et de reproduire l’association de femmes de Santa Cruz à Tarija et Cochabamba.

Ensemble, les magasins sociaux, l’association de femmes et le consortium interdépartemental assurent la durabilité à long terme, permettant aux producteurs de poursuivre leur croissance sans le soutien direct de MMH ou d’autres partenaires. Bien que MMH ait décidé de mettre fin à ses activités en Bolivie, l’organisation est convaincue que les apiculteurs peuvent désormais prospérer de manière indépendante.

« La collaboration avec Catalyste+ nous a permis de renforcer nos capacités techniques, de leadership, liées au genre et au marketing. Cela a permis de créer une base solide pour la poursuite du travail, même sans projet actif », explique Ricardo Vargas Ramírez.

Les magasins sociaux et le consortium fonctionnent déjà sans financement externe, ce qui montre clairement que ce modèle est à la fois durable et évolutif. À mesure qu’ils continuent de se développer, ils sont bien positionnés pour continuer à faire progresser l’égalité des genres et la résilience économique des apiculteurs ruraux à travers la Bolivie.

Conclusion

Grâce à sa collaboration avec le programme Miel Maya Honing MMH (Association Sans But Lucratif) en Bolivie, Catalyste+ a contribué de manière significative à des changements importants dans le secteur apicole bolivien. En combinant une formation technique et une expertise en marketing avec un soutien ciblé et axé sur le genre, Catalyste+ a aidé les producteurs à renforcer leurs compétences, à élargir leur accès au marché et à créer de nouvelles sources de revenus. Le soutien du micro- fonds d’innovation a permis aux apicultrices de Tarija de prendre des mesures en faveur de leur indépendance économique, tandis que la création d’une unité féminine à Santa Cruz leur a donné pour la première fois un rôle formel dans l’apiculture. Les femmes qui étaient autrefois exclues de la chaîne de valeur sont désormais productrices, commerçantes, dirigeantes d’associations et contributrices clés au bien-être des ménages et des communautés.

Alors que MMH se retire de la Bolivie, l’impact de ce travail se poursuivra, soutenu par les compétences, la confiance et les structures collaboratives désormais en place. La contribution de Catalyste+ a non seulement amélioré les moyens de subsistance, mais a également favorisé l’utilisation inclusive et durable de la riche biodiversité de la Bolivie, posant les bases d’un changement durable et mené localement.

Remerciements
Catalyste+ souhaite remercier Brianna Marshall pour avoir dirigé la création de cette histoire d’impact, ainsi que Claudia Aparicio, Carlos Ramallo, Sirley Collazos, Ricardo Vargas Ramírez et Debbie Scoffield, dont les précieuses contributions ont permis la réalisation de cette publication.